Google pub Internet Chaque jour, Google évolue. L'embrouille, c'est que le graphisme, lui, ne bouge pas d'un iota. En fait, depuis décembre 2009, Google vise à donner à toute requête effectuée sur le moteur de recherche un résultat qui corresponde au profil de la personne qui fait la recherche. Cette correspondance s’applique à tous les usagers de Google, même si elle ne prend effet qu’après plusieurs recherches, le temps qu’il faut à l’algorithme de Google pour évaluer les goûts de l’usager.

Si ce sont nos propres idées qui nous reviennent quand on fait une recherche, on risque de s’endoctriner nous-mêmes... avec notre propre idéologie !

Très concrètement, ce processus de recherche est devenu personnalisé. Ce qui signifie qu’il n’est - mécaniquement - plus universel. Nous pensons tous que quand nous "googlons" un mot tout le monde a les mêmes résultats – ceux que le fameux algorithme de Google, PageRank considère comme faisant autorité du fait qu’un grand nombre de liens pointe vers eux. Avec la recherche personnalisée, vous obtenez le résultat que l’algorithme de Google pense être le plus adapté à vous en particulier – mais quelqu’un d’autre verra apparaître d’autres résultats. En d’autres mots, il n’y a plus de standard Google.

C’est comme si en cherchant le même terme dans une encyclopédie, chacun trouvait des entrées différentes – mais personne ne s’en apercevrai car chacun étant persuadé d’obtenir une référence standard.

Je ne sais pas si tu me suis, mais, in fine, ceci a des conséquences insidieuses.

Parmi les multiples conséquences insidieuses de cette personnalisation, il en est une qui inquiète plus particulièrement : en adaptant l’information à la perception que l’algorithme a de ce que vous êtes, une perception qui est construite à partir de 57 variables, Google vous adresse un matériau qui est susceptible de renforcer votre propre vision du monde et votre propre idéologie.

Une recherche sur les preuves du changement climatique donnera des résultats différents à un militant écologiste et au cadre d’une compagnie pétrolière

Il donnera aussi un résultat différent à quelqu’un dont l’algorithme suppose qu’il est de gauche, et à un autre dont l’algorithme suppose qu’il est de droite (évidemment, pas besoin de déclarer qu’on est l’un ou l’autre, l’algorithme le déduit de nos recherches). De cette manière, l’internet, qui n’est pas la presse, mais qui souvent fonctionne comme la presse en disséminant les informations, nous préserve des opinions contradictoires et des points de vue qui entrent en conflit avec les nôtres, tout en donnant l’impression d’être neutre et objectif, débarrassé de tous les biais idéologiques qui encombrent le traitement de l’information dans la presse traditionnelle.

Elie Pariser explique : "La démocratie requiert du citoyen qu’il voit le problème du point de vue de l’autre, et nous, nous sommes de plus en plus enfermés dans notre bulle. La démocratie requiert de s’appuyer sur des faits partagés, et nous, on nous offre des univers parallèles, mais séparés".

Tim Berners-Lee, l’inventeur du World Wide Web - une buse - tenait récemment dans Scientific American les propos suivants : "Le web tel que nous le connaissons est menacé… Parmi ses habitants qui connaissent le plus grand succès, certains ont commencé à pervertir ses principes… Des États – totalitaires tout autant que démocratiques – contrôlent les comportements en ligne, mettant en danger les droits de l’homme".

Ce qui est - donc - très sérieux.

L'intégral du papier sur http://owni.fr/2011/06/27/le-risque-de-la-personnalisation-du-web/