Dangereuse, tout d'abord, car attentatoire à la liberté, qui irrigue pourtant la création artistique.

Hadopi c'est l'édification d'un filtrage de la toile par la Haute autorité, créée à cette fin. La mise en place progressive d'un contrôle des échanges en ligne et, à fortiori, la criminalisation d'internet. Casser la liberté de parole, étouffer l'innovation, voilà quels seront ses effets. Déjà, pour les accès wi-fi publics, la loi prévoit un filtrage limité à une «liste blanche» de sites autorisés. Un cloisonnement de la libre pensée, de la libre information, de la libre navigation, en somme.

Dangereuse, car une autorité administrative se substitue aux juges pour sanctionner les «abus d'internet».

Quid de la présomption d'innocence ? Du régime de la preuve ? Pas de procès pour se défendre, étayer ses arguments. La coupure est nette et sans appel. Pourtant, le dispositif a encore bien des lacunes. Quel sort réservé à ceux dont on a piraté la connexion wi-fi ? Aux parents, dont le jeune enfant a, à leur insu, téléchargé son film de héros préféré ? La loi est claire : ils seront sanctionnés pour «défaut de sécurisation de leur connexion contre une utilisation à des fins de reproduction sans autorisation». Une conception toute personnelle de la justice.

Déjà l'injustice se profile.

Mais elle joue surtout sur un plan social. Qui seront les plus touchés par Hadopi ? Les jeunes. Eux qui, déjà frappés de plein fouet par le chômage, verront leur accès internet, parfois leur principal outil de travail, quand ils en ont, coupé. Or, selon une étude récente, se sont ces mêmes jeunes, ceux qui téléchargent le plus, qui, ensuite, achètent le plus de cd ou dvd. Est-ce bien raisonnable de sanctionner et stigmatiser ceux qui font tourner l'industrie du disc et du cinéma ?

Une autre réponse est possible

Vous regrettez l'époque de François Mitterrand où «la gauche avait sauvé les artistes dans notre pays». Déjà alors nombre d'artistes avaient mené campagne contre les radios libres, redoutant de voir les ventes de leurs disques baisser, la fréquentation de leurs concerts diminuer. Rien de tout cela, les radios libres se sont avérées être un formidable outil de promotion et de financement de l'activité artistique. Il en est de même pour internet. Il suffit pour cela d'élaborer de nouvelles formes de rémunération pour l'art et les artistes.

Ce nouveau procédé à un nom : la licence globale.
J'ai déjà eu l'occasion d'en vanter les mérites. Une somme minime, prélevée sur les recettes des fournisseurs d'accès internet, financera les auteurs, les interprètes, les cinéastes, les agents, les producteurs, les distributeurs. On met à contribution les véritables bénéficiaires. Bien entendu, cette licence globale ouvre un lieu au bénéfice des seules majors si les artistes ne demandent pas, dès maintenant, à participer à la définition de ce mécanisme d'attribution.

Autant prendre les devants, poser dès aujourd'hui les bases d'un système qui fonctionne et qui contente toutes les parties. La gratuité recèle des perspectives formidables, l'enjeu est de savoir s'en servir à bon escient.

Source + intégralité du texte : http://www.slate.fr/story/4963/attali-hadopi-internet-reponse-artistes